jueves, 22 de octubre de 2020

Tram 83

 
Tram 83 (Le Livre de Poche, 2019)
par Fiston Mwanza Mujila
République démocratique du Congo, 2014

<< On en a déjà assez de la misère, de la pauvreté, de la syphilis et de la violence dans la littérature africaine.  Regarde autour de nous.  Il y a de belles filles, de beaux hommes, de la bière-de-Brazza, de la bonne musique...  Est-ce que tout cela ne t'inspire pas ?  Je suis inquiet pour l'avenir de la littérature africaine en général.  Le personnage principal dans le roman africain est toujours célibataire, névrosé, pervers, dépressif, sans enfants, sans domicile et traîne toutes les dettes du monde.  Ici, on vit, on baise, on est heureux...  Il faut que ça baise aussi dans la littérature africaine ! >>
(Tram 83, 66-67)

Lucien, un célibataire névrosé qui veut être écrivain, et Requiem, un petit gangster et maître-chanteur, sont vieux amis de fac, mais il y a eu du mauvais sang entre eux depuis cette époque.  Donc ce ne pas vraiment une surprise quand les choses commencent à mal tourner lors de la visite de Lucien.  Heureusement pour eux deux, le Tram 83 - un bar super populaire dans la capitale de la république séparatiste seulement connue comme La Ville-Pays, << une ville devenue pays par la force des kalachnikovs >> (28) - offre un chez-soi loin de chez soi entre une équipe hétéroclite d'habitués composée de creuseurs de diamant, rebelles dissidents, << les filles de moins de seize ans, appellées  canetons >> (23), touristes, ex-Zaïrois et des autres attirés par la musique ou les liaisons sexuelles facilement disponibles dans les toilettes mixtes du bar.  Tram 83, un roman imprégné d'une atmosphère sordide en termes de l'intrigue, est raconté avec beaucoup de flair par Fiston Mwanza Mujila.  J'ai aimé les insultes sur la mauvaise musique parfois entendue au Tram (par exemple, une description sur << un groupe musical qui massacrait, et sans gêne, un morceau de Coltrane, sans doute Summertime >> est suivie par << les jazzmen continuant à prostituer la musique... >> laquelle, à son tour, est suivie par << ce qui alimentait la ferveur de l'orchestre et par conséquent le lynchage de cette belle mélodie >> [22-24]), la répétition du cri de guerre des prostituées mineures (<< Vous avez l'heure ? >>) qui apparaît et reapparaît comme un riff ou une égratignure sur un disque, et le commentaire social mordant (<< La torture est l'un de points de démarcation entre une république bananière organisée et une république bananière chaotique, autrement dit désorganisée >> [183]), mais ce que j'ai aimé par dessus tout étaient les listes la longeur d'un paragraphe et l'analyse sur la cause du décés par métier dans la mégalopole (le dénominateur commun parmi toutes les professions: << maladies sexuellement transmissibles >>), en bref la combinaison d'une sensibilité presque musical avec un air d'expérimentation.  Si mon français était meillure, je décrirais le roman comme une << valse des corps au bord du précipice >>; heureusement pour vous, rien ne m'empêche de citer ces mots de Michel Abescat de Télérama.  Exceptionnel. 


Fiston Mwanza Mujila (République démocratique du Congo, 1981)

2 comentarios:

  1. Un billet en français ! 😊
    Je n'ai pas lu cet auteur mais j'aimerais explorer un peu plus la littérature africaine.

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    1. Oui, j'espère améliorer mes compétences en écriture ! Tram 83 était si bon. J'ai adoré le style de Mwanza Mujila.

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