sábado, 17 de enero de 2015

Le Vice-consul

Le Vice-consul (Gallimard, 2011)
par Marguerite Duras
France, 1966

Le Vice-consul c'est un roman triste, presque tragiquement triste en effet, sur la douleur et la folie, la mémoire et l'oubli.  L'intrigue commence, à Calcutta, avec l'histoire d'une mendiante errante de l'Asie du Sud-Est qui, après d'avoir vendu son enfant à une femme bourgeoise, arrive en Inde dix ans plus tard, où elle dort entre les lépreux sur la rive du Gange avec « sa mémoire abolie » (576).  « Elle est folle », on lit.  « Son sourire ne trompe pas » (653).  Comme par hasard, le vice-consul à Lahore est arrivé à Calcutta il y a cinq semaines après avoir devenu fou à Lahore d'où « il a été déplacé à la suite d'incidents qui ont été estimés pénibles par les autorités diplomatiques de Calcutta » (559).  Quel genre d'incidents?  On ne le sait pas vraiment, mais on dit qu'il « a fait le pire »: « il tirait la nuit sur les jardins de Shalimar où se réfugient les lépreux et les chiens » (591).  À partir de ces prémisses, Duras a pu engendrer un livre « anticolonial » dans lequel elle cherche la complicité du lecteur à établir un parallèle entre la mendiante et le vice-consul quant à sa condition de paria.  C'est une affaire délicate.  En premier lieu, c'est difficile de ressentir de la pitié pour ou le vice-consul ou la mendiante à cause de leurs actions.  Néanmoins, Duras plaide la cause de l'isolement comme le lien entre les personnages principaux. Pendant que le vice-consul attend sa prochaine nomination, par exemple, il semble tomber amoureux de l'ambassadrice Anne-Marie Stretter, une femme dit être tormentée « par indifférence à la vie » (624).  Elle n'est pas intéressée en le vice-consul, qui pense d'elle que « son ciel, ce sont les larmes » (636); pas aimé et derangé, il bredouille des choses comme « je sais, je suis une plaie » (633) et il pleure dans la nuit.  Bien que Duras soit souvent froide jusqu'à la cruauté avec ses personnages, son style est, comme d'habitude, fortifiant, urgent.  Quand le vice-consul et l'ambassadrice dansent au bal à la réception de l'ambassade, la romancière prend quatre paragraphes pour dire « Alors tout l'Inde blanche les regarde. », « On attend.  Ils se taisent. », « On attend.  Ils se taisent encore. », et « On attend.  Ils se taisent encore.  On regarde moins. »  (607).  La brusquerie de la prose est violente.  Ailleurs, l'écrivaine n'hésite pas à poser des questions difficiles.  «  Mais des lépreux ou des chiens, est-ce tuer que de tuer des lépreux ou des chiens? »  On notera que cette question ne reçoit pas une vraie réponse, peut-être parce que Duras aime l'ambiguïté et peut-être parce que ce crime n'importe pas tellement a la société des Blancs de Calcutta.  « Les lépreux, de loin, avez-vous remarqué?  On les distingue mal du reste, alors... » (591).

Marguerite Duras (1914-1996)

L'Édition
Le Vice-consul paraît dans Tome II des Oeuvres complètes de Duras (Paris: Éditions Gallimard, 2011, 543-657).

12 comentarios:

  1. merci, j'ai lu ça il y a bien longtemps, en 1984-85 je pense, en prépa pour le concours d'entrée à l'Ecole Normale Supérieure, il est temps de le revisiter. N'oubliez pas de mettre le lien de ta présentation dans le jeu du French BIngo: http://wordsandpeace.com/2014/12/01/french-bingo-2015-reading-challenge/

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    1. Je suis encore en train de me décider si je vais jouer au French Bingo, Emma, mais merci beaucoup pour l'invitation et votre commentaire (je suis très heureux de recevoir une commentaire en français aprés toutes ces années). À bientôt!

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  2. I take it you were't quite as enamoured of this as Moderato Cantabile? Google translate makes a pigs ear of it and my school french is part of my abolished memory.. I've found it difficult to write about Duras - she's slippery novelist.

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    1. I liked this one quite a bit, Séamus, but not nearly as much as Moderato cantabile or The Ravishing of Lol Stein. Duras is a slippery novelist to write about for sure, but my big problem writing about her is that she gives me too much to talk about in posts I'd rather keep at Ramones-length rather than rock opera-length where possible! Thanks, by the way, for trying to make sense of this with the help of Google translate; my French is way rusty and was never much good in the first place, but I thought I'd try and experiment with writing a few posts in French this year for the heck of it.

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  3. Like Seamus, I ran your post through Google translate and came to the same conclusion. I still haven't read Moderato Cantabile, so I'll start there.

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    1. Sorry for the gibberish/lack of intelligibility, Jacqui, but thanks for giving the translation thing a try. If it's any consolation, I'd probably owe you an even bigger apology if you were a native French speaker for having butchered such a beautiful language! Moderato cantabile is pretty amazing as we've discussed before, so I hope you find the time to get to that or to The Ravishing of Lol Stein before the year's out. Both are fine places to start with Duras.

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  4. Richard - I've been enjoying your explorations of Duras. I'm determined to read more of her in the coming year.

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    1. Thanks, Scott. I find Duras to be a very stimulating writer and hope to continue to make my way through her back catalogue bit by bit. I look forward to seeing what you read by her this year if a review is in the cards. Cheers!

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  5. In case you haven't read it, I really liked The Sea Wall, and there's a great film (starring Huppert) if you haven't seen it.

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    1. Thanks for the tip, Guy. I'm trying to work my way through all of Duras' 1960s novels in chronological order right now, but that film adaptation sounds wonderful (bonus: I really like Huppert) and maybe I should backtrack for one of Duras' earlier novels as a break from my "project" anyway.

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  6. I really like Huppert too--she can really play those edgy roles. There's quite a few differences between the film and the book. I watched the film first (because of Huppert) and found it so interesting, I sought out the book.

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    1. Guy, I'll definitely watch the film and probably read the book before too long then. What you say is all very appetizing, and I agree with your assessment of Huppert. Thanks for the repeat visit.

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