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viernes, 3 de febrero de 2023

Nos richesses

Nos richesses (Points, 2021)
par Kaouther Adimi
France, 2017

Edmond Charlot, un personnage historique, avait vingt et un ans quand ouvrit la librairie de prêt et maison d'édition Les Vraies Richesses dans Alger en 1936.  Ryad, un personnage fictif, a vingt ans quand il arrive à Alger en 2017 pour vider l'endroit de l'ancienne librairie de tous les livres et les meubles.  << Détruire une librairie, c'est un travail, ça? >> lui demande un vieil homme du quartier.  Combinant un carnet imaginé d'Edmond Charlot avec une narration à la troisième personne et de temps en temps même à la première personne du pluriel, Kaouther Adimi (née à Alger en 1986 mais qui maintenant vit à Paris) réussit à recréer un monde situé au 2 bis de la rue Hamani, ex-rue Charras, Alger avec histoires qui se croisent, des brèves apparitions de Camus, de Giono, et de Mouloud Feraoun entre autres, tout raconté avec beaucoup de chaleur.  La voix de Charlot est une des clés du succès du roman quant à sa représentation d'une vie consacrée à la littérature: << Reçu hier une lettre de Jean Giono !  Giono le grand.  >> on lit dans le journal de 9 mai 1936.  << Je lui avais écrit sans trop d'espoir pour lui demander l'autorisation d'appeler la librairie Les Vraies Richesses en référence à son récit qui m'avait ébloui et où il nous enjoint à revenir aux vraies richesses que sont la terre, le soleil, les ruisseaux, et finalement aussi la littérature (qu'est-ce qui peut-être plus important que la terre et la littérature ?).  J'ai failli déchirer la lettre en l'ouvrant.  Fébrilité.  J'ai répété à Jean Pane ce qu'il nous répond: 'Vous pouvez bien évidemment utiliser ce titre.  Il ne m'appartient pas.'  >>  Le rève de Charlot, ce de créer << avant tout un lieu pour les amis qui aiment la littérature et la Méditerranée >> (36-37), naturellement est entré en conflit avec l'histoire du siècle, qu'Adimi décrit en passages sur les massacres de Sétif, du 8 mai 1945, et d'Algériens à Paris, du 17 octobre 1961; en souvenirs sur la décennie noire quand, selon un personnage, << ces monstres >> du terrorisme << débarquaient dans les villages et tuaient hommes, femmes et enfants...  Imagine le courage des journalistes à cette époque.  Ils ont tout subi: les assassinats, les bombes, les menaces, les enlèvements, l'exil, les reproches... mais chaque jour, ils étaient à leur poste de travail.  Pour des gens comme nous qui n'avions pas d'autres moyens de comprendre ce qui se passait, c'était important >> (129-130); et avec tendresse pour l'idéalisme d'un libraire-éditeur qui a cru, comme l'inscription sur la vitrine de son magasin, qu'Un homme qui lit en vaut deux.  J'ai été très ému par ce récit.

Kaouther Adimi