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lunes, 9 de octubre de 2017

Chourmo

Chourmo (Folio Policier, 2014)
by Jean-Claude Izzo
France, 1996

Two books into Izzo's brooding Marseille Trilogy, I'm increasingly bummed that I only have one more title in the series to look forward to.  Rad "mayhem yarn," somewhere between Raymond Chandler's Marlowe novels and Yasmina Khadra's Commissaire Llob quartet both in temperament and on the crime-and-disillusionment scale, spun with pace and soul not to mention an unusually distinctive sense of place.  A Marseille where corrupt cops, the white collar wing of the international mafia, and local Islamist extremists from the Bronx-like northern banlieues of the city all vie to suck the life blood out of their teeming prey in the so-called "première ville du tiers-monde" ["first city of the Third World"] (423).  And a Marseille in which even the most world-weary among its inhabitants can find some much needed solace in revisiting old folk songs imported from Algiers and Naples, savoring the perfect bouillabaisse or partaking in some other aspect of the immigrant-rich patrimony of "l'art de vivre marseillais" ["the Marseille-style art of living"] (389).  "La vie est un mauvais film, oú le Technicolor ne change rien au fond de l'histoire" ["Life is a bad movie where Technicolor doesn't change anything at the heart of the story"] (385), laments ex-cop Fabio Montale in a line that could have been lifted straight out of a Jean-Pierre Melville French gangster film, reflecting on friends and family now gone--a lament rife with irony given the vitality of the life-force coursing through Izzo's sour mash note to his native city. A treat.

Jean-Claude Izzo (1945-2000)

Chourmo appears on pp. 305-579 of Izzo's La trilogie Fabio Montale (Paris: Folio Policier, 2014).  For more on the preceding volume in the trilogy, please see the post about Total Khéops written in an almost unintelligible French here.

jueves, 12 de noviembre de 2015

Total Khéops

Total Khéops (Folio Policier, 2014)
par Jean-Claude Izzo
La France, 1995

Ils étaient de Marseille, marseillais avant d'être arabes.  Avec la même conviction que nos parents.  Comme nous l'étions Ugo, Manu et moi à quinze ans.  Un jour, Ugo avait demandé: << Chez moi, chez Fabio, on parle napolitain.  Chez toi, on parle espagnol.  En classe, on apprend le français.  Mais on est quoi, dans le fond ? >>
- Des Arabes, avait répondu Manu.
Nous avions éclaté de rire.
(Total Khéops, 257)

Il y a vingt ans, Manu, Ugo et Fabio étaient copains d'enfance dans le quartier des immigrés à Marseille.  Manu et Ugo sont devenus escrocs.  Fabio est devenu flic.  Quand Manu et ensuite Ugo sont tués dans un court laps de temps vingt ans après, le seul survivant des trois, Fabio Montale, mène une enquête criminelle pour savoir qui a tué ses vieux amis et se retrouve soudain dans le milieu d'une guerre des gangs entre le crime organisé, des ripoux marseillais, et des truands locaux.  Une rude tâche, bien sûr!  Un très bon policier raconté avec brio et beaucoup d'energie et marqué par une quantité prodigieuse de l'argot, Total Khéops c'est une introduction géniale à l'oeuvre du marseillais Jean-Claude Izzo (1945-2000).  Stylistiquement, Izzo utilise des phrases courtes à la James Ellroy pour accélér la vélocité de sa prose avec succès.  Il aussi excelle dans l'art de la petite phrase: << Une gueule à la Lee Marvin.  Une gueule de tueur, pas de flic >> (73).  Même si tout le monde sait que le romancier était un créateur d'ambiance par excellence, j'ai été très impresionné par ses descriptions méticuleuses sur la nature de la transformation de Marseille au cours des années: << Le sol était jonché de sacs d'ordures éventrés et il s'élevait des rues une odeur âcre, mélange de pisse, d'humidité et de moisi >>, commence un tel passage.  << Seul grand changement, la rénovation avait gagné le quartier.  Des maisons avaient été démolies.  Les façades des autres étaient repeintes, en ocre et rose, avec des persiennes vertes ou bleues, a l'itallienne >>  (51).  Quant à ses idées, Izzo se donne beaucoup de mal pour faire voir á Marseille dans toute sa complexité.  En d'autres termes, cela explique l'attention de l'écrivain à l'intersection du crime et de la corruption policière et au sujet du racisme, et caetera.  Devant le cadavre d'Ugo, par exemple, Fabio parle de comment << mes collègues avaient joué les cow-boys.  Quand ils tiraient, ils tuaient.  C'était aussi simple.  Des adeptes du général Custer.  Un bon Indien, c'est un Indien mort.  Et à Marseille, des Indiens, il n'y avait que ça, ou presque >> (71).  Autre part, Fabio parle de << la saloperie humaine du monde >> (252) avec le pessimisme d'un flic de longue date et décrit avec force détails comment Marseille est devenue la ville auquelle la fin du monde avance à cause de la haine et de la violence sans contrainte: "Il n'était nul besoin d'armes nucléaires.  Nous nous entre-tuerons avec une savagerie préhistorique >> (282).  Cela dit, dans un roman qui se concentre sur le racisme à la France en général et à Marseille en particulier comme autre exemple de << la connerie humaine >> (98), je suis encore pris pour dépourvu pour rencontrer cette réflexion déchirante sur l'exil dans une scène où un pere avait appris que sa fille avait été violée et tuée: << Mouloud venait de perdre la deuxième femme de sa vie.  L'Algérie n'était plus son pays.  La France venait de le rejeter définitivement.  Maintenant il n'était plus qu'un pauvre Arabe >> (140).  Époustouflant.

Jean-Claude Izzo (1945-2000)

L'édition
Total Khéops paraît dans La trilogie Fabio Montale de Jean-Claude Izzo (Paris: Folio Policier, 2014, 43-304).